• Alexis BEN FREDJ

Radicalisation & Terrorisme : sortir de l’émotion par la prévention

Notre premier article qui ouvrait le blog CARINEL était consacré à la radicalisation et plus précisément au processus qui mène à la radicalisation. Est-ce un hasard d’avoir choisi cette thématique multifactorielle pour inaugurer notre blog corporate ? Non, puisque nous organisions le mois qui suivait une Matinée de formation dédiée à la prévention de le radicalisation. En revanche, événement à part, ce premier article traçait ce que nous essayons d’approcher au mieux chez CARINEL, le principe de prévention systémique et plus que tout, l’équilibre de la sûreté par la vivacité de l’esprit qui ne répond pas au tempo saccadé de notre société mais qui s’inscrit dans un rythme continu ou l’anticipation des menaces se conjugue au passé, au présent et au futur.

Les récentes attaques terroristes (il faut lire par récent l’ordre chronologique établit depuis l’émergence d’un nouveau jihad en Occident et non pas uniquement le traitement médiatique des attentats qui répand l’émotion légitime aussi vite qu’il l’a dissout dans une actualité foisonnante) marquent le début du XXIème siècle par une peur à la fois latente et trépidante qui ne cesse de nous renvoyer à notre questionnement collectif et faisant parfois office de catharsis : où avons-nous failli ? Pourquoi avons-nous échoué à anticiper ce passage à l’acte ? Était-il possible de prévenir cet attentat ?


Après tout acte abominable et irréparable dans lequel s’inscrit le terrorisme, la société demande voire exige des réponses, ce que nos politiciens, polémistes, chercheurs et tribunaux s’efforcent d’y répondre chacun dans sa pratique langagière tout en faisant appel à la compétence d’autrui.


Ce transfert de compétence qui opère entre les différents acteurs et actants, Riss le directeur de la rédaction de Charlie Hebdo l’expose en ces termes : « Au lendemain d’un tel crime, la question qui nous hante est de savoir quelles actions mener pour vaincre cette idéologie. On se tourne vers Charlie comme si Charlie avait la solution ; on se tourne vers les politiques comme si les politiques avaient la solution ; on se tourne vers les citoyens comme si les citoyens avaient la solution ; on se tourne vers les intellectuels comme si les intellectuels avaient la solution ; et à la fin, on se tourne vers les professeurs comme si les professeurs avaient la solution. » (Charlie Hebdo n°1474)


Les procès des attentats (on peut citer celui des attentats de Toulouse en 2012 et celui de Charlie Hebdo et de l’Hyper Cacher en 2015 qui se tient en ce moment), les hommages aux victimes du terrorisme (on peut citer celui du professeur d’histoire-géographie Samuel Paty), les appels à la vindicte populaire et les réflexions partagées des scientifiques de différents horizons participent à cette sémiose, c’est à dire cette signification en acte, qui au regard de la signification contextuelle va façonner la chaîne signifiante conceptualisée par Lacan et former une certaine sémiosphère, c’est-à-dire un ensemble de référents articulés de signes, de discours, de textes et de langages partagés dans notre culture.

Or cette formalisation du sens des maux de la société peut nous réduire à penser l’après terrorisme uniquement sous forme de réponses courtes et immédiates dans l’émotion collectivement partagée ou au contraire en occultant toutes formes de réactions par surplus d’émotion comme la paralysie capable de saisir la victime d’une agression.

Il est de notre devoir de citoyens et acteurs de la prévention d’assembler les faits tragiques, de leurs causes à leurs conséquences, pour ajuster et pérenniser notre réponse comme résultant d’une suite d’inconnues à résoudre. La tâche n’est pas des moindres mais l’enjeu sociétal impose de le traiter à bras-le-corps et surtout à chaque niveau, chaque strate épisodique où la pression d’une menace tangible ou douteuse à la République et par extension à notre sécurité se manifeste.