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Menace iranienne en Europe : ce que les entreprises et les particuliers doivent savoir aujourd'hui

  • il y a 3 jours
  • 9 min de lecture

Le contexte que personne ne peut ignorer

Depuis les frappes conjointes américano-israéliennes du 28 février 2026 contre des installations nucléaires en Iran — frappes qui ont entraîné la mort du Guide suprême Ali Khamenei — le paysage sécuritaire européen a changé de nature. Non pas de degré, mais de nature.

En réponse, le Grand Ayatollah Nasser Makarem Shirazi a émis une fatwa appelant à la guerre sainte contre les États-Unis et Israël, désignant explicitement les deux pays comme « les principaux auteurs du crime » et enjoignant à tous les musulmans de « venger le sang du martyr ». Cette fatwa ne s'adresse pas seulement aux Iraniens. Elle active une base de soutien diffuse, transnationale, qui inclut des réseaux déjà présents sur le sol européen.

L'Union européenne n'est pas un théâtre d'opérations secondaire dans ce conflit. Elle en est un front potentiel.

Cet article n'est pas un article de politique internationale. C'est un article de sécurité opérationnelle, destiné aux organisations, aux dirigeants et aux particuliers qui doivent aujourd'hui comprendre à quoi ils font face et comment se comporter.


Une menace structurée, pas improvisée

Il faut d'abord dissiper une idée reçue : les réseaux iraniens en Europe ne sont pas une création récente. Ils sont le fruit de décennies de construction patiente.

Depuis 1979, on recense en Europe plus de 100 attentats exécutés ou déjoués attribuables à l'Iran, selon les données compilées par Heiko Heinisch, historien spécialiste de l'islamisme en Europe. Les années 1985-1986 ont laissé une trace sanglante à Paris : une quinzaine d'attentats, 14 morts, plus de 300 blessés, dont 7 tués devant le magasin Tati rue de Rennes, perpétrés par des membres du Hezbollah agissant pour le compte de Téhéran.

Plus récemment, en 2018, un attentat visant un rassemblement de l'opposition iranienne à Villepinte (Seine-Saint-Denis) a été déjoué par les services de renseignement français. L'un des impliqués était un diplomate iranien en poste en Europe. En 2023, à Madrid, une tentative d'assassinat contre le politicien Alejo Vidal-Quadras a été attribuée à des réseaux opérant pour Téhéran. En 2024, aux Pays-Bas, une tentative similaire contre un opposant iranien en exil a été déjouée.

Le rapport TE-SAT 2024 d'Europol rappelle que si le terrorisme djihadiste sunnite reste statistiquement dominant, les menaces étatiques liées à l'Iran constituent un « facteur supplémentaire » qui s'intègre dans un paysage de menaces de plus en plus complexe. Ce que les rapports institutionnels formulent prudemment, les services de renseignement nationaux le disent plus directement.

Le MI5 britannique indiquait fin 2024 avoir recensé 20 tentatives d'attentats iraniens sur le seul sol britannique depuis janvier 2022, soit une cadence de plus de 7 par an.


Les structures iraniennes en Europe : ce que l'on sait

L'Iran ne recourt pas à des commandos envoyés depuis Téhéran. Il s'appuie sur des structures hybrides, trois couches distinctes qui se superposent.

Le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI ou IRGC) et sa branche extérieure, la Force Quds, constituent le noyau opérationnel. Le 29 janvier 2026, les ministres des Affaires étrangères de l'UE ont pris une décision historique : le CGRI a été désigné officiellement organisation terroriste, le plaçant juridiquement au même niveau qu'Al-Qaïda ou l'État islamique. Cette décision, longtemps différée, reconnaît ce que les services de renseignement savaient depuis des années.

Les réseaux religieux et culturels constituent la deuxième couche. Plusieurs mosquées en Europe restent sous influence directe du régime iranien, selon les experts en sécurité. Le Centre islamique de Hambourg, fermé par les autorités allemandes, en était l'exemple le plus documenté. Des structures similaires existent dans d'autres pays européens.

Les réseaux criminels mandatés forment la troisième couche, la plus récente et la plus difficile à détecter. À la différence des années 1980, l'Iran utilise désormais des intermédiaires issus du crime organisé — trafiquants de drogue, milieux mafieux — pour brouiller les pistes et rendre l'attribution des actes plus difficile. Cette méthode a été identifiée dans plusieurs opérations déjouées en Europe, sur la base de rapports des services de renseignement néerlandais.

En juillet 2025, les gouvernements des États-Unis, du Royaume-Uni, de l'Espagne, de la France, de l'Allemagne, de la Suède et d'autres alliés ont signé une déclaration commune dénonçant « un nombre croissant de menaces étatiques émanant des services de renseignement iraniens sur leurs territoires respectifs », notamment des tentatives d'assassinat, d'enlèvement et de harcèlement de citoyens, de dissidents et de journalistes.


Quel est le niveau de menace actuel ?

Les experts que les gouvernements européens consultent aujourd'hui ne minimisent pas la situation.

Le chercheur en terrorisme Nicolas Stockhammer décrit la fatwa comme « un accélérateur d'éventuelles attaques en Europe », opérant sur « les réseaux existants, les sympathisants et les acteurs hybrides » visant une « base de soutien diffuse et transnationale ». L'expert en extrémisme Heiko Heinisch estime que « le risque d'attaques spontanées uniques et d'activation de cellules dormantes est relativement élevé ». Heiko Teggatz, chef de l'Union de la police fédérale allemande, indique qu'il « ne peut être exclu que l'Iran envoie des gens partout dans le monde pour mener des attaques terroristes contre des installations israéliennes et américaines ».

Pierre Razoux, directeur académique de la Fondation méditerranéenne d'études stratégiques, a été auditionné par le Sénat français le 4 mars 2026. Sa position est nuancée mais sans ambiguïté : « Oui nous avons des craintes sur la résurgence du risque terroriste. Ce sont des pratiques auxquelles le régime a recours. »

Il convient de noter une distinction importante pour les professionnels de la sécurité : la menace iranienne est de nature chiite. Elle est structurellement différente de la menace djihadiste sunnite portée par Daech, dont l'idéologie est explicitement hostile au chiisme iranien. Les deux menaces coexistent en Europe, mais leurs cibles, leurs modes opératoires et leurs réseaux sont distincts.

En France, le plan Vigipirate est maintenu au niveau « Urgence attentat » depuis le 5 janvier 2026 (posture hiver-printemps 2026 du SGDSN), en raison notamment de l'instabilité de la situation au Proche et Moyen-Orient. Le 2 mars 2026, Emmanuel Macron a annoncé le renforcement du dispositif Sentinelle et de la vigilance autour des lieux et des personnes les plus exposées, en réaction directe aux événements.


Quelles cibles en Europe ?

La menace iranienne en Europe ne frappe pas au hasard. L'analyse des tentatives déjouées et des attaques réussies depuis trente ans permet d'identifier des catégories de cibles relativement stables.

Les opposants et dissidents iraniens en exil constituent la cible historique et prioritaire du régime. Journalistes, militants, membres des organisations d'opposition (MEK/OMPI notamment) sont systématiquement visés. Les attentats de Villepinte en 2018 et les tentatives aux Pays-Bas et en Espagne en 2023-2024 s'inscrivent dans cette logique.

Les intérêts israéliens — ambassades, consulats, institutions culturelles, communautés juives, chaînes d'approvisionnement liées à Israël — sont des cibles clairement désignées, comme l'illustre le renforcement des mesures de protection autour des représentations israéliennes en Espagne après l'attentat de Madrid.

Les intérêts américains — bases militaires, missions diplomatiques, entreprises américaines — font l'objet d'alertes spécifiques depuis les frappes du 1er mars. Plusieurs agences de renseignement occidentales citées par la presse internationale indiquent que des cellules pro-iraniennes, notamment liées au Hezbollah, pourraient cibler des installations militaires et diplomatiques américaines en Europe.

Les personnalités politiques qui soutiennent publiquement Israël ou les États-Unis, ou qui ont soutenu des sanctions contre l'Iran, peuvent également être visées, comme l'a montré l'attentat de Madrid contre Alejo Vidal-Quadras.

Une évolution notable mérite d'être soulignée : la menace ne se limite plus aux seuls opposants iraniens. Avec l'escalade actuelle, des cibles « symboliques » liées aux gouvernements alliés d'Israël et des États-Unis pourraient entrer dans le champ opérationnel.


Ce que font les États européens

La réponse collective se structure à plusieurs niveaux.

Au niveau européen, la désignation du CGRI comme organisation terroriste (29 janvier 2026) est une décision de premier plan. Elle permet aux États membres de geler des avoirs, d'interdire des transactions financières et de faciliter les poursuites judiciaires contre les agents iraniens opérant sur le sol de l'Union.

En Allemagne, les autorités fédérales et des Länder sont en état d'alerte. Les ministères de l'Intérieur de Rhénanie du Nord-Westphalie et de Bavière ont confirmé surveiller « en permanence l'évolution de la situation ». L'Allemagne est considérée comme un nœud particulièrement sensible en Europe pour les réseaux iraniens, en raison notamment de l'importance de sa diaspora iranienne.

En France, outre le maintien de Vigipirate au niveau maximum, un télégramme du ministre de l'Intérieur a été envoyé aux préfets et aux directeurs de la police et de la gendarmerie pour leur demander de « maintenir une extrême vigilance ». L'opération Sentinelle a été renforcée.

En Espagne, les forces de sécurité ont renforcé la protection des ambassades et des institutions représentant les communautés juives ou israéliennes.

La coordination entre services de renseignement passe par les canaux existants d'Europol et les échanges bilatéraux entre agences nationales, selon les orientations définies dans la déclaration commune de juillet 2025.


Conduites à tenir : le guide pratique

  • Pour les organisations

Évaluer l'exposition réelle. Toutes les organisations ne sont pas également exposées. Une entreprise dont les activités sont indifférentes à la géopolitique du Moyen-Orient, qui n'a pas de liens avec des intérêts israéliens ou américains, qui ne reçoit pas de personnalités publiques liées à ces dossiers, présente un profil de risque différent d'une ambassade ou d'une institution culturelle juive. La première étape est une évaluation honnête et documentée de l'exposition réelle — ce que CARINEL appelle une analyse RTA (Red Traffic Analyses) appliquée au contexte géopolitique.

Remettre à jour les plans de continuité. Les hypothèses de risque terroriste doivent être révisées à la lumière des événements. Cela ne signifie pas tout réécrire, mais vérifier que les scénarios pris en compte incluent le risque d'un attentat à proximité immédiate, même si l'organisation n'est pas la cible directe.

Sensibiliser les équipes de sécurité et d'accueil. Les personnels en contact avec le public — agents d'accueil, vigiles, gestionnaires de site — doivent être briefés sur les signaux de vigilance actuels. Pas dans une logique d'alarme permanente, mais dans une logique de posture. Une personne qui sait ce qu'elle doit observer est infiniment plus efficace qu'une personne qui improvise.

Identifier les personnes exposées dans l'organisation. Certains collaborateurs, dirigeants ou administrateurs peuvent présenter des profils de vulnérabilité spécifiques : double nationalité iranienne-européenne, liens avec des associations de la diaspora iranienne, appartenance visible à des communautés cibles. Ce recensement n'a pas vocation à discriminer — il permet d'adapter les mesures de protection de manière proportionnée.

Renforcer le contrôle des accès. Dans le contexte actuel, la vérification des identités, la gestion des visiteurs et la surveillance des périmètres méritent une attention renforcée. Les procédures existantes doivent être appliquées avec rigueur, et non avec la routine qui s'installe naturellement en période calme.

Revoir les protocoles de communication de crise. En cas d'événement dans l'environnement immédiat, qui prévient qui ? Par quel canal ? Avec quel message ? Ces questions doivent avoir des réponses préétablies.

  • Pour les particuliers

Appliquer les réflexes Vigipirate. Le SGDSN met à disposition des fiches pratiques téléchargeables. Ces ressources sont accessibles, pédagogiques et concrètes. Les lire prend vingt minutes et peut un jour faire une différence réelle.

Signaler tout comportement suspect. Le numéro 17 (police-secours) permet de signaler toute situation paraissant anormale dans un lieu public. La plateforme stop-djihadisme.gouv.fr est également disponible pour les signalements liés à la radicalisation. Ces signalements alimentent les renseignements opérationnels des services.

Être attentif dans les lieux de forte affluence. Gares, aéroports, centres commerciaux, lieux de culte, rassemblements publics : ce sont les environnements où la vigilance doit être active. Observer les sorties de secours, les comportements inhabituels, les objets abandonnés. Ce n'est pas de la paranoïa — c'est de la préparation.

Ne pas partager d'informations sensibles en ligne. Dans un contexte de tensions internationales, les publications sur les réseaux sociaux concernant les voyages, les accès à des bâtiments, les routines professionnelles peuvent involontairement fournir des informations utiles à des acteurs malveillants.

Connaître les trois réflexes fondamentaux en cas d'attaque. La méthode préconisée par le gouvernement français est simple et mémorisable : fuir si possible, se cacher si on ne peut pas fuir, alerter dès que la situation le permet. Ces réflexes doivent être connus avant qu'ils soient nécessaires.


La convergence sécurité-sûreté dans ce contexte

Une dernière observation, qui relève du cœur de métier de CARINEL.

La menace iranienne ne se réduit pas à la seule action violente directe. Elle inclut aussi des formes d'action qui brouillent les frontières entre sécurité et sûreté au sens strict : opérations d'influence, déstabilisation informationnelle, intrusions dans des systèmes d'information d'entreprises liées à des intérêts américains ou israéliens, actions de harcèlement ou d'intimidation contre des individus ciblés.

C'est précisément là qu'une approche convergente de la sécurité-sûreté physique prend tout son sens. Les signaux faibles d'une menace d'État ne ressemblent pas à ceux d'une menace criminelle ordinaire. Les reconnaître, les interpréter et y répondre de manière proportionnée nécessite une culture de sécurité organisationnelle — et souvent un regard extérieur formé à ces problématiques.

La période que nous traversons n'appelle pas à la panique. Elle appelle à la compétence.


Sources

  • SGDSN — Posture Vigipirate « hiver-printemps 2026 », applicable au 5 janvier 2026 : sgdsn.gouv.fr/vigipirate

  • Ministère de l'Europe et des Affaires étrangères — Conseils aux voyageurs Iran, mise à jour 4 mars 2026 : diplomatie.gouv.fr

  • Europol — Rapport TE-SAT 2024 (synthèse en français) : europol.europa.eu

  • Conseil de l'UE — Désignation du CGRI comme organisation terroriste, 29 janvier 2026 : consilium.europa.eu

  • Public Sénat — Audition de Pierre Razoux au Sénat, 4 mars 2026 : publicsenat.fr

  • Euronews — Déclarations de Nicolas Stockhammer, mars 2026 : euronews.com

  • L'Observatoire de l'Europe — Déclarations de Heiko Heinisch et Heiko Teggatz, mars 2026 : observatoiredeleurope.com

  • Atalayar — Menace terroriste chiite liée à l'Iran en Europe, mars 2026 : atalayar.com

  • Plateforme Vigipirate « Faire face ensemble » : vigipirate.gouv.fr

  • info.gouv.fr — Réagir en cas d'attaque terroriste : info.gouv.fr

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