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Directeur de sûreté externalisé : ce qui détermine vraiment le succès d'une mission

  • 30 déc. 2025
  • 9 min de lecture

La plupart des articles sur ce sujet suivent le même plan : avantages d'un côté, inconvénients de l'autre, conclusion prudente du type "ça dépend du contexte". C'est correct, mais c'est à peu près aussi utile qu'un proverbe. Ce format de réflexion évite soigneusement la vraie question : à quelles conditions précises un directeur de sûreté externalisé produit-il des résultats ? Et à quelles conditions tourne-t-il à vide, voire crée-t-il une illusion de gouvernance sans en avoir le fond ?

Voilà ce que nous allons examiner ici, à partir de ce que nous observons sur le terrain.


Une fonction d'expertise, pas une prestation de service

Commençons par éviter une confusion qui fausse tout le débat.

Externaliser un directeur de sûreté n'a rien à voir avec externaliser le gardiennage, la maintenance ou la restauration collective. Ces derniers sont des prestations de service : on définit un cahier des charges, on sélectionne un prestataire sur critères objectifs, on contrôle l'exécution. La relation est essentiellement contractuelle et opérationnelle.

Un directeur de sûreté externalisé relève d'une logique radicalement différente — ce que les spécialistes du management appellent le Knowledge Process Outsourcing : l'externalisation d'une fonction qui repose sur une compétence experte, un jugement professionnel et une connaissance fine de l'organisation. Ces éléments ne s'achètent pas au TJM. Ils se construisent dans la durée, dans la relation avec la direction générale, dans la connaissance des parties prenantes internes et des dynamiques réelles du terrain.

Cette distinction a une conséquence directe : on ne choisit pas un directeur de sûreté externalisé comme on choisit un prestataire de gardiennage. Et on ne mesure pas sa contribution de la même façon.


Pourquoi la question se pose de plus en plus

La demande pour ce type de profil s'est clairement développée ces dernières années, pour des raisons qui convergent.

La sophistication des menaces. Les organisations font face à des risques qui mêlent désormais dimensions physiques, numériques et organisationnelles. Une agression filmée et diffusée en temps réel, un prestataire défaillant qui devient un vecteur d'intrusion, une menace interne difficile à qualifier, un incident qui bascule en crise de réputation en quelques heures — aucun de ces scénarios ne relève d'une gestion purement opérationnelle. Ils exigent une compétence stratégique que peu d'organisations ont internalisée.

La pénurie de profils qualifiés. Les directeurs de sûreté expérimentés sont rares. Le secteur de la sécurité privée souffre structurellement d'un manque de profils qualifiés à des niveaux de responsabilité élevés — une réalité documentée par les acteurs du marché depuis plusieurs années. Construire une direction de sûreté interne compétente prend du temps, suppose un investissement en recrutement et en formation, et ne se justifie pas pour toutes les tailles d'organisation.

L'évolution réglementaire. NIS2, la directive REC sur la résilience des entités critiques, DORA pour les entités financières — ces textes imposent des obligations de gouvernance sûreté qui concernent des milliers d'organisations qui n'ont pas encore de fonction sûreté structurée. Pour une ETI ou une organisation de taille intermédiaire concernée par ces réglementations, le directeur de sûreté externalisé devient une réponse pragmatique à des obligations légales concrètes.

L'économie du modèle. Un directeur de sûreté à temps plein représente un coût salarial substantiel, auquel s'ajoutent les charges, les avantages, et les coûts d'intégration. Pour une organisation qui n'a besoin de cette compétence qu'à hauteur d'un jour ou deux par semaine, le modèle externalisé est économiquement rationnel — à condition que l'intervention soit bien structurée.


Trois formats qui n'ont pas grand-chose en commun

L'externalisation d'un directeur de sûreté n'est pas un format unique. Trois modèles coexistent, avec des logiques d'intervention très différentes.

La direction partagée ou "temps partagé"

C'est le modèle le plus structurant. Le directeur de sûreté externalisé intervient de façon régulière — typiquement un à deux jours par semaine — sur la durée. Il participe aux comités de direction, pilote la politique de sûreté, encadre les prestataires, anime les formations et assure le suivi des plans d'action issus des audits. C'est lui qui porte la continuité de la fonction sûreté au sein de l'organisation, sans en être salarié.

Ce format fonctionne particulièrement bien pour les PME, les ETI, les collectivités de taille intermédiaire et les établissements de santé qui ont besoin d'une compétence permanente mais ne peuvent pas — ou ne souhaitent pas — recruter un profil à temps plein. C'est aussi le format le plus exigeant en termes de préparation : il suppose un cadre de mission clair, un rattachement hiérarchique défini et une intégration réelle dans les processus de décision.

La mission ponctuelle

L'organisation fait appel à un directeur de sûreté externalisé pour une mission délimitée dans le temps : rédaction d'une politique de sûreté, accompagnement post-audit, préparation à un exercice de crise, analyse d'un incident significatif, réponse à une obligation réglementaire spécifique. La mission a un début, une fin et des livrables identifiés.

Ce format est souvent une porte d'entrée : l'organisation teste la collaboration, prend la mesure de la valeur apportée, et décide ensuite de passer ou non à un modèle plus régulier. Il convient également aux organisations qui ont déjà une direction sûreté interne mais ont besoin d'une expertise complémentaire sur un sujet précis.

La direction de transition

C'est le modèle le plus connu du grand public, notamment grâce au développement du management de transition en France — un marché dont le chiffre d'affaires a connu une croissance annuelle significative entre 2019 et 2023 avant de se stabiliser en 2024. Dans ce format, le directeur de sûreté externalisé assure une fonction à temps plein, pour une durée généralement comprise entre quatre et douze mois, dans un contexte de transformation, de vacance du poste ou de crise.

C'est utile dans des situations spécifiques — départ soudain d'un directeur interne, réorganisation profonde, crise à gérer — mais ce n'est pas le modèle dominant dans le secteur de la sûreté physique, où la connaissance de l'organisation et la durée de la relation sont des facteurs clés d'efficacité.


Ce qui détermine vraiment le succès

Après avoir posé ces formats, venons-en à ce qui détermine réellement si une mission de directeur de sûreté externalisé produit des résultats — ou tourne à vide.

Un diagnostic préalable, pas une feuille blanche

C'est le point sur lequel nous insistons le plus fortement chez CARINEL, et sur lequel nous observons le plus d'erreurs dans les missions mal structurées.

Lorsqu'un directeur de sûreté externalisé prend ses fonctions sans qu'un audit de sûreté ait été préalablement réalisé, il arrive dans une organisation dont il ne connaît pas la réalité des risques, des vulnérabilités, des modes opératoires des incidents passés, ni de l'écart entre les procédures affichées et les pratiques réelles. Il va devoir construire cette connaissance lui-même, ce qui prend du temps — du temps qu'on lui facture, sans qu'il produise encore la valeur attendue.

Un audit de sûreté préalable — conduit avec une méthodologie rigoureuse comme l'analyse RTA (Red Traffic Analysis) ou le modèle SCM (Security Circle Model) — donne au directeur externalisé ce point de départ solide. Il sait où sont les vulnérabilités prioritaires. Il peut construire un plan d'action ancré dans la réalité du site, pas dans des standards génériques. Il peut mesurer sa propre progression dans le temps.

Sans ce diagnostic initial, même le meilleur professionnel travaille à l'aveugle. Avec lui, il peut être opérationnellement pertinent dès les premières semaines.

Un rattachement hiérarchique clair

Une erreur fréquente consiste à confier la mission à un directeur de sûreté externalisé sans définir clairement son positionnement dans l'organisation. À qui rapporte-t-il ? Qui valide ses préconisations ? Qui décide des investissements sûreté ? Qui l'habilite à intervenir auprès des autres directions ?

Sans ces réponses, le directeur externalisé se retrouve dans une position fragile. Il peut produire des analyses de qualité, mais ses recommandations risquent de circuler sans décision, ses interventions de se heurter à des résistances non formulées, et sa légitimité de s'éroder progressivement.

Un directeur de sûreté externalisé efficace doit être rattaché à la direction générale ou à un membre du comité de direction — exactement comme le serait un directeur interne. C'est la condition de son autorité transversale sur les autres fonctions.

Un périmètre défini — et accepté en interne

Le périmètre de la mission doit être formalisé et communiqué en interne. Quels sont les sites concernés ? Quelles fonctions sont intégrées à son périmètre (ressources humaines, systèmes d'information, logistique, prestataires) ? Sur quels sujets peut-il prendre des décisions opérationnelles et sur quels sujets doit-il formuler des recommandations ?

Cette formalisation n'est pas bureaucratique. Elle protège à la fois le directeur externalisé et l'organisation : elle évite les angles morts (sujets que personne ne prend en charge), les doublons (redondances avec d'autres fonctions) et les conflits de compétence (interventions contestées par des directions qui n'ont pas été informées du mandat).

Une direction générale réellement impliquée

Ce point est peut-être le plus délicat à formuler, mais c'est souvent le plus déterminant.

Certaines organisations font appel à un directeur de sûreté externalisé comme à une assurance : elles veulent pouvoir dire qu'elles ont "quelqu'un" sur le sujet, sans pour autant s'engager réellement dans la démarche. Le directeur externalisé produit des rapports. Les rapports restent dans des tiroirs. Rien ne change. Et au premier incident sérieux, tout le monde constate que le dispositif n'a jamais été véritablement opérationnel.

L'implication de la direction générale ne se mesure pas en réunions formelles. Elle se mesure à la façon dont elle traduit les préconisations en décisions, alloue les ressources nécessaires, communique en interne sur l'importance de la sûreté, et inclut le directeur externalisé dans les décisions qui ont une dimension sûreté — y compris celles qui ne sont pas explicitement identifiées comme telles (réorganisation d'un service, nouveau prestataire, déménagement, acquisition).


Ce qu'on observe quand ça échoue

Les missions de directeur de sûreté externalisé qui n'atteignent pas leurs objectifs présentent généralement une combinaison des mêmes facteurs.

L'absence de diagnostic initial. La mission démarre sans que l'organisation ait été auditée. Le directeur externalisé construit sa compréhension de l'organisation au fil des mois, souvent à partir de ce qu'on veut bien lui montrer. Il passe plus de temps à collecter des informations qu'à produire de la valeur.

Un positionnement ambigu. Le directeur externalisé est présenté aux équipes comme un "consultant" ou un "conseiller" plutôt que comme un directeur. Il n'a pas l'autorité pour faire remonter des alertes directement à la direction générale ni pour mettre en demeure un prestataire défaillant. Sa légitimité est perpétuellement questionnée.

Des attentes non formulées. L'organisation attendait une chose — par exemple, la mise en conformité avec NIS2 — mais le directeur externalisé a compris autre chose — par exemple, la refonte globale de la politique de sûreté. Sans cadre de mission formalisé, cet écart ne se révèle que tardivement, et les deux parties en sortent insatisfaites.

Une direction générale absente. Les préconisations issues de l'audit et du plan de sûreté s'accumulent sans être traitées. La mission dure mais ne produit pas de transformation réelle. Le directeur externalisé devient un gestionnaire de statu quo plutôt qu'un levier de sécurisation.

Une intégration insuffisante avec les équipes internes. Certaines missions sont mal vécues par les équipes, qui perçoivent le directeur externalisé comme un audit permanent ou une forme de surveillance. Cette résistance silencieuse vide progressivement la mission de sa substance : les informations ne remontent plus, les incidents mineurs ne sont plus signalés, les procédures sont contournées sans que personne ne l'admette.


Le modèle que nous défendons chez CARINEL

Quand une organisation nous sollicite pour une mission d'accompagnement en sûreté — quelle qu'en soit la forme — nous défendons systématiquement la même séquence.

D'abord, l'audit. Avant de définir un périmètre d'intervention, de structurer une direction de sûreté ou de recommander un format d'externalisation, nous réalisons un audit de sûreté complet. Cet audit, conduit avec nos méthodologies RTA et SCM, cartographie les vulnérabilités réelles du site, analyse les modes opératoires des incidents passés, évalue l'écart entre les procédures formelles et les pratiques réelles, et identifie les priorités d'action. C'est lui qui donne à la mission les fondations dont elle a besoin.

Ensuite, le plan. À partir du diagnostic, nous co-construisons avec la direction un plan de sûreté opérationnel, ancré dans la réalité de l'organisation et proportionné à ses ressources. Ce plan définit les priorités, les responsabilités, les indicateurs de suivi et le calendrier de mise en œuvre. Il devient le cadre de référence de la mission d'accompagnement.

Puis, l'accompagnement. Selon les besoins, nous intervenons en mode direction partagée, en mission ponctuelle ou en appui de la direction générale pour des sujets spécifiques. Cette intervention s'appuie sur le diagnostic initial et sur le plan — elle n'est pas générique, elle est contextualisée.

Enfin, la formation des équipes. Un directeur de sûreté externalisé ne doit pas créer de dépendance. L'objectif est que l'organisation monte en compétence, que les équipes développent des réflexes sûreté, que la culture de vigilance s'installe progressivement. Nos formations TASK (Tactique, Anti-Terreur, Sécurité, Contrôle) s'inscrivent dans cette logique : elles ne sont pas déconnectées de la réalité du site mais construites à partir du diagnostic.

Ce modèle en quatre temps — audit, plan, accompagnement, formation — est plus exigeant qu'une simple prestation de direction externalisée. Il suppose un engagement de la direction générale. Il demande du temps. Mais il produit des organisations dont la sûreté repose sur une réalité, pas sur une apparence de gouvernance.


En synthèse

Peut-on externaliser un directeur de sûreté ? Oui — et pour de nombreuses organisations, c'est la réponse la plus adaptée à une réalité que le recrutement d'un profil interne ne peut pas couvrir. Mais la vraie question n'est pas celle-là.

La vraie question est : dans quelles conditions une mission de directeur de sûreté externalisé produit-elle des résultats tangibles sur la résilience de l'organisation ? La réponse tient en quatre conditions : un diagnostic préalable rigoureux, un rattachement hiérarchique clair, un périmètre formalisé, une direction générale impliquée.

Sans ces conditions, le meilleur professionnel du marché ne peut pas délivrer ce qu'on attendait de lui. Avec elles, même une organisation modeste peut accéder à un niveau de gouvernance sûreté qu'elle n'aurait jamais pu construire seule.

À propos de CARINEL

CARINEL accompagne les organisations dans la structuration de leur gouvernance sûreté — de l'audit initial à la formation des équipes, en passant par la définition de la politique de sûreté et l'accompagnement de la direction. Nos missions de directeur de sûreté externalisé s'appuient systématiquement sur un diagnostic préalable, pour que chaque intervention soit ancrée dans la réalité de votre organisation.

📞 01 89 71 59 06

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