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Sécurité et sûreté : pourquoi cette distinction change tout à votre façon de protéger votre organisation

  • 9 févr.
  • 7 min de lecture

Un incendie qui se déclare dans un entrepôt et un cambriolage dans ce même entrepôt : deux incidents, deux réponses différentes, deux logiques de protection qui n'ont presque rien en commun. Pourtant, dans de nombreuses organisations, les deux sont regroupés sous le même mot, géré par les mêmes personnes, avec les mêmes outils. C'est là que le problème commence.

En France, la langue nous joue un tour. En anglais, on dit safety pour les accidents et security pour la malveillance — deux mots distincts, deux univers clairement séparés. En français, on dit « sécurité » pour les deux, et « sûreté » reste un terme que beaucoup de dirigeants n'utilisent jamais, ou utilisent sans vraiment savoir ce qu'il recouvre. Cette ambiguïté linguistique a des conséquences bien réelles : des budgets mal orientés, des responsabilités floues, des angles morts dans la protection de l'organisation.

Cet article explique la différence entre sécurité et sûreté, pourquoi cette distinction est importante dans la pratique, et comment penser une approche qui couvre les deux sans les confondre.


La sécurité : se protéger de ce qui arrive par accident

La sécurité — qu'on appelle safety en anglais — concerne la protection contre les risques non intentionnels. Ce sont les dangers qui surviennent sans que personne ne le veuille vraiment : l'incendie causé par un court-circuit, la chute d'un collaborateur sur un sol glissant, l'intoxication alimentaire dans une cuisine mal gérée, l'accident sur une machine dont l'entretien a été négligé.

Ce qui caractérise ces risques, c'est qu'ils sont prévisibles et modélisables. On peut analyser leur probabilité d'occurrence, étudier les accidents passés, identifier les configurations à risque. Les normes et la réglementation jouent un rôle central : le Code du travail impose à l'employeur une obligation de sécurité, les installations industrielles sont soumises à des prescriptions techniques précises, les bâtiments recevant du public doivent respecter des règles de sécurité incendie strictes. Tout un corpus de textes et de pratiques existe pour réduire la probabilité que quelque chose de mauvais arrive par inadvertance.

Les professionnels qui travaillent sur ces sujets — préventeurs, responsables HSE (Hygiène, Sécurité, Environnement), ingénieurs sécurité industrielle — ont pour mission de créer des environnements où les accidents sont moins susceptibles de se produire, et où leurs conséquences sont limitées quand ils surviennent malgré tout. Ils s'appuient sur des méthodes éprouvées : l'analyse des risques, l'arbre des causes, le Document Unique d'Évaluation des Risques Professionnels.


La sûreté : se protéger de ce que quelqu'un fait délibérément

La sûreté — security en anglais — est un territoire différent. Elle concerne la protection contre les actes intentionnels de malveillance : les intrusions, les vols, les agressions, le sabotage, l'espionnage industriel, les actes terroristes. Ce qui change tout, c'est le facteur humain derrière la menace.

Un accident arrive parce qu'un système a failli, parce qu'une procédure n'a pas été respectée, parce que la fatalité s'est invitée. Un acte de malveillance, lui, arrive parce qu'une personne a décidé de nuire, et cette personne va adapter ses méthodes en fonction des obstacles qu'elle rencontre. La logique de protection est donc fondamentalement différente : il ne s'agit plus de réduire la probabilité d'un dysfonctionnement, mais de décourager, détecter et neutraliser une intention.

Un cambrioleur qui teste les portes une par une avant de s'en prendre à la plus faible. Un ancien employé mécontent qui sait exactement où sont les données sensibles. Un groupe organisé qui surveille les horaires d'un site avant d'agir. Face à ces situations, les outils de la sécurité classique ne suffisent pas — parce qu'ils n'ont pas été conçus pour ça.

La sûreté mobilise des compétences spécifiques : analyse des menaces, renseignement, contrôle d'accès physique, gestion des comportements suspects, plans de continuité en cas d'incident malveillant. Elle s'inscrit dans un cadre réglementaire lui aussi distinct — Code de la sécurité intérieure, obligations des opérateurs d'importance vitale, dispositions du plan Vigipirate selon les niveaux d'alerte.


Ce que la confusion coûte dans la pratique

Confondre sécurité et sûreté ne crée pas seulement un problème de vocabulaire. Cela génère des angles morts concrets dans la protection de l'organisation.

Quand une entreprise investit massivement dans les équipements de sécurité incendie (détecteurs, extincteurs, formation évacuation) mais n'a aucune réflexion sur le contrôle des accès, elle est bien protégée contre l'accident, mais exposée à l'intrusion. Inversement, une organisation qui a sécurisé ses entrées avec des badges et des caméras peut négliger les risques d'accident dans ses ateliers, parce que tout le budget et toute l'attention ont été mobilisés sur la sûreté.

La confusion se manifeste aussi dans l'organisation interne. Qui est responsable de quoi ? Dans beaucoup d'entreprises, la même personne gère à la fois la sécurité au travail et la protection des locaux — sans avoir été formée sur les deux volets, sans budget distinct, sans procédures adaptées à chaque logique. Le résultat : on fait un peu des deux, mais on ne fait ni l'un ni l'autre vraiment bien.

Il y a enfin un risque réglementaire. Les obligations légales en matière de sécurité (Code du travail, DUERP) et en matière de sûreté (plans de sécurité pour les ERP, obligations des OIV, conformité Vigipirate) sont distinctes. Ne pas les identifier correctement, c'est risquer de passer à côté d'une obligation, avec les conséquences que cela peut avoir en cas d'incident et de mise en cause de la responsabilité de l'employeur.


Des exemples secteur par secteur

Les enjeux ne sont pas les mêmes selon le contexte. Voici comment la distinction sécurité/sûreté se traduit concrètement dans quelques secteurs.

Dans un établissement de santé, la sécurité concerne la prévention des accidents : chutes de patients, erreurs médicales, risques incendie dans un bâtiment avec des personnes à mobilité réduite, défaillance d'un équipement médical. La sûreté, elle, concerne les agressions du personnel soignant par des patients ou des accompagnants, le vol de médicaments (stupéfiants notamment), les intrusions dans des zones sensibles comme les maternités ou les blocs opératoires. L'Observatoire national des violences en santé a recensé près de 21 000 signalements en 2024 — une donnée qui relève exclusivement de la sûreté, pas de la sécurité au sens classique.

Dans un entrepôt logistique, la sécurité couvre les risques liés aux engins de manutention, aux chutes de charges, aux conditions de travail physiques. La sûreté couvre le vol de marchandises, les intrusions après fermeture, le risque de sabotage ou d'actes de malveillance internes. Ces deux dimensions peuvent nécessiter des investissements sur les mêmes équipements — les caméras de surveillance, par exemple — mais avec des angles d'utilisation et de paramétrage différents.

Dans un établissement scolaire, la sécurité c'est la prévention des accidents dans la cour, la sécurité incendie, les dispositifs PPMS (Plan Particulier de Mise en Sûreté — et notons que le législateur lui-même a choisi le mot « sûreté » dans ce sigle). La sûreté, c'est la gestion des intrusions, les protocoles en cas de menace extérieure, la prévention de la radicalisation. Deux registres, deux plans d'action, deux formations différentes pour les personnels.

Dans une collectivité ou un espace public, la sécurité concerne l'état des équipements, les risques d'effondrement, l'éclairage public. La sûreté concerne la prévention des incivilités, des agressions, des actes de vandalisme et des rassemblements à risque.


Pourquoi les deux logiques doivent converger sans se confondre

Comprendre la différence entre sécurité et sûreté ne signifie pas les traiter dans deux silos hermétiques. Dans la réalité opérationnelle, les deux interagissent constamment — et c'est même cette interaction qui crée les plus grandes vulnérabilités quand elle n'est pas anticipée.

Un incendie volontaire, c'est à la fois un acte de sûreté (intentionnel, malveillant) et un risque de sécurité (avec des conséquences physiques pour les personnes et les biens). Un accident industriel grave peut créer des conditions de désorganisation qui fragilisent temporairement la sûreté d'un site — les portes laissées ouvertes, les procédures habituelles suspendues, les équipes dispersées. Une panne de système de contrôle d'accès peut résulter d'une défaillance technique (sécurité) ou d'un acte malveillant (sûreté) — et la réponse n'est pas la même.

C'est pour cela que l'approche convergente défendue par CARINEL part d'un principe simple : identifier d'abord les risques réels d'un site ou d'une organisation — accidents potentiels et menaces intentionnelles — avant de concevoir les mesures de protection. C'est le rôle de l'audit, qui précède toujours la formation et la mise en place de dispositifs. Sans ce travail préalable, on risque d'investir dans des réponses qui ne correspondent pas aux bonnes questions.


Comment passer de la confusion à la clarté dans votre organisation

Si vous n'avez pas encore clairement défini ce qui relève de la sécurité et ce qui relève de la sûreté dans votre organisation, voici par où commencer.

La première étape est de cartographier vos risques en distinguant les deux catégories. Pour chaque zone, chaque activité, chaque type d'interlocuteur : quels accidents peuvent survenir ? Quels actes de malveillance sont envisageables ? Cette distinction change immédiatement les priorités d'action et la nature des mesures à prendre.

La deuxième étape est de vérifier que vos responsabilités sont clairement attribuées. Qui porte la sécurité au sens HSE ? Qui porte la sûreté ? Dans les organisations de taille moyenne, c'est souvent la même personne — mais elle doit avoir les compétences sur les deux volets, et des procédures distinctes pour chacun.

La troisième étape est de vous assurer que votre Document Unique d'Évaluation des Risques intègre les deux dimensions, et que vos plans d'urgence prévoient des scénarios relevant de la sûreté (intrusion, menace, acte malveillant) et pas seulement des accidents.

La quatrième étape, enfin, est de former vos équipes — mais en ciblant la formation sur les réalités de leur poste. Un agent d'accueil a besoin de savoir gérer un comportement suspect (sûreté) autant qu'un malaise (sécurité). Un responsable d'exploitation doit connaître les procédures en cas d'accident industriel autant qu'en cas d'intrusion.


Pour aller plus loin

La distinction sécurité/sûreté est le point de départ. Pour approfondir chaque dimension, nous avons rédigé des articles dédiés :

→ Sécurité et sûreté : les enjeux concrets dans les organisations — comment cette distinction s'applique dans les hôpitaux, les entreprises, les collectivités et les établissements scolaires. LIEN

→ La sûreté en entreprise : procédures et bonnes pratiques — les mesures concrètes à mettre en place pour protéger votre organisation contre la malveillance. LIEN

→ Politique de sûreté vs plan de mise en sûreté — comment articuler la stratégie et l'opérationnel dans votre dispositif de protection. LIEN

→ L'évolution du rôle de Directeur Sécurité-Sûreté — comment ce poste s'adapte aux risques hybrides d'aujourd'hui. LIEN


Conclusion

Sécurité et sûreté ne sont pas des synonymes. L'une protège contre l'accident, l'autre contre la malveillance. Les confondre, c'est se priver des bons outils face à chaque type de risque — et laisser des angles morts qui peuvent coûter cher, humainement et financièrement.

La bonne nouvelle, c'est que la clarification est souvent plus rapide qu'on ne le pense. Il suffit de commencer par se poser les bonnes questions : qu'est-ce qui peut arriver ici, par inadvertance ? Et qu'est-ce qu'une personne malveillante pourrait décider de faire ici ? À partir de cette distinction, tout le reste — les mesures, les responsabilités, les formations, les investissements — devient plus facile à organiser.

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