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La sûreté en entreprise : pourquoi les bonnes pratiques échouent sans diagnostic préalable

  • 12 janv.
  • 7 min de lecture

Avant de lire cet article, si la distinction entre sécurité et sûreté ne vous est pas encore familière, commencez par notre article "Quelle est la différence entre sécurité et sûreté ?" ici . Il pose les bases indispensables pour comprendre ce qui suit.


Il existe une idée reçue tenace dans le monde de la sûreté d'entreprise : il suffirait d'installer des caméras, de former les équipes, de rédiger des procédures d'urgence et le tour serait joué. Cette vision de la sûreté comme une liste de mesures à cocher est non seulement incomplète — elle est souvent contre-productive.

Ce que nous observons sur le terrain depuis des années, c'est que les organisations qui rencontrent des difficultés sérieuses en matière de sûreté ne manquent pas de bonnes intentions. Elles manquent d'un point de départ solide : le diagnostic. Des procédures rédigées sans avoir analysé les menaces réelles de l'organisation, des formations dispensées sans avoir cartographié les vulnérabilités, des dispositifs techniques installés sans logique d'ensemble — voilà ce qui génère des plans de sûreté coûteux et inefficaces.

Cet article explique comment aborder la sûreté en entreprise de manière structurée et honnête, en partant de ce qui existe réellement plutôt que d'un modèle théorique générique.


La sûreté, ce n'est pas la sécurité

Rappelons le fondamental : la sûreté protège contre les actes intentionnels de malveillance — intrusion, vol, sabotage, agression, espionnage industriel. La sécurité, elle, protège contre les accidents et les défaillances non intentionnelles.

Cette distinction n'est pas sémantique. Elle change radicalement la logique de protection. Face à un risque d'accident, on raisonne en probabilité statistique et en prévention systémique. Face à une menace de malveillance, on raisonne en intention, en opportunité, en attractivité de la cible. Le vocabulaire change, les outils changent, les postures mentales changent.

Une organisation qui confond les deux finit par traiter une tentative d'intrusion comme un incident technique, ou par surinvestir dans des dispositifs pensés pour les accidents alors que ses vraies vulnérabilités sont ailleurs.


Pourquoi les démarches de sûreté échouent souvent

Selon une étude de Bpifrance, 62 % des PME françaises se déclarent mal préparées face aux risques de malveillance, et plus de 70 % n'ont aucun plan de sûreté structuré. Ces chiffres sont connus. Ce qu'on analyse moins, c'est pourquoi ce vide persiste même chez des organisations qui ont pourtant rédigé des procédures, installé des systèmes et organisé des formations.

Trois raisons reviennent systématiquement dans nos diagnostics.

La mise en œuvre avant l'analyse. On installe d'abord les caméras, on rédige ensuite les procédures, on se demande enfin si l'ensemble correspond aux risques réels. Ce raisonnement à rebours est un réflexe compréhensible — agir donne l'impression de contrôler — mais il aboutit à des dispositifs déconnectés des menaces réelles de l'organisation.

Des procédures génériques sans ancrage terrain. Une procédure de gestion de crise rédigée à partir d'un modèle standard n'a de valeur que si elle a été adaptée à la configuration réelle des locaux, aux ressources humaines disponibles, aux chaînes de commandement existantes. Une procédure qui ne correspond à personne n'est appliquée par personne.

La formation avant le cadre. Former des équipes à des gestes de sûreté avant d'avoir défini les procédures auxquelles ces gestes se rattachent, c'est former à l'improvisation. La formation n'est efficace que lorsqu'elle vient renforcer un cadre existant et compris.


Ce que l'AFNOR SPEC 2404 change

En juin 2025, le ministère de l'Intérieur, via la DEPSA (Direction des Entreprises et Partenariats de Sécurité et des Armes), a publié avec l'AFNOR un référentiel public et gratuit : l'AFNOR SPEC 2404, intitulé Plan de sûreté — Exigences opérationnelles.

Ce document est une petite révolution pour les PME et ETI, pour une raison simple : il ne demande pas de créer un système de management complet comme les normes ISO. Il propose une logique de processus — identifier, évaluer, planifier, mettre en œuvre, vérifier — accessible à des organisations sans direction sûreté structurée ni budget dédié.

Ce que l'AFNOR SPEC 2404 valide, c'est précisément ce que nous pratiquons depuis des années : on commence par l'analyse des menaces et des vulnérabilités, pas par les mesures. Le plan de sûreté est la conclusion d'un processus de réflexion, pas son point de départ.

Les entreprises qui appliquent ce référentiel peuvent d'ailleurs rejoindre le dispositif Pacte Sûreté du ministère de l'Intérieur, qui leur permet d'afficher ce gage de confiance auprès de leurs collaborateurs, clients et partenaires commerciaux.

La vraie démarche : de l'analyse au plan

Une démarche de sûreté rigoureuse suit une logique séquentielle que l'on ne peut pas court-circuiter sans perdre en pertinence.

L'identification des actifs à protéger. Avant de parler de mesures, il faut savoir ce qu'on protège. Les biens matériels, bien sûr, mais aussi les données sensibles, les savoir-faire, les personnes clés, la réputation. Chaque organisation a ses actifs stratégiques propres — ils ne sont pas les mêmes pour un cabinet médical, une usine de production ou un siège social.

L'analyse des menaces et des vulnérabilités. Quelles menaces pèsent réellement sur ces actifs ? Intrusion externe, menace interne, vol d'informations, violence contre le personnel ? Et quelles sont les vulnérabilités qui rendraient ces menaces exploitables : points d'accès non contrôlés, rotation élevée du personnel, zones non surveillées, procédures insuffisamment connues ?

C'est ici que notre méthodologie Red Traffic Analyses (RTA) joue un rôle central. La RTA analyse les interactions entre les vulnérabilités de sécurité et les menaces de sûreté pour identifier les zones de risque convergent — là où un défaut de maintenance ou une faille organisationnelle peut devenir une opportunité pour un acteur malveillant.

La hiérarchisation des risques. Tous les risques identifiés ne se valent pas. La priorité va aux risques combinant forte probabilité d'occurrence et impact potentiel élevé. C'est ce travail de hiérarchisation qui permet d'allouer les ressources de manière cohérente plutôt que de disperser les efforts.

La construction du plan de sûreté. Ce n'est qu'à ce stade qu'on définit les mesures. Et ces mesures sont rarement uniquement techniques. Un plan de sûreté efficace articule trois niveaux : les dispositifs physiques (contrôle d'accès, vidéoprotection, éclairage, signalétique), l'organisation (procédures, rôles, chaînes d'alerte, gestion des visiteurs), et le facteur humain (formation, sensibilisation, culture de vigilance).

Notre Security Circle Model (SCM) structure cette architecture de protection en cercles concentriques — de l'environnement périphérique jusqu'au cœur des actifs critiques — en veillant à la cohérence de l'ensemble plutôt qu'à l'accumulation de mesures isolées.


Les procédures : nécessaires, mais pas suffisantes

Une procédure écrite n'est pas une procédure appliquée. C'est une vérité d'évidence que beaucoup d'organisations redécouvrent lors d'un incident réel.

Pour qu'une procédure de sûreté soit réellement opérationnelle, elle doit remplir plusieurs conditions. Elle doit être connue : les personnes concernées l'ont lue, comprise, et ont été formées à l'appliquer. Elle doit être crédible : les acteurs savent que la direction s'y tient et que les écarts sont pris au sérieux. Elle doit être testée : les exercices et simulations permettent d'identifier les failles avant qu'un incident réel ne les révèle. Et elle doit être maintenue à jour : les organisations évoluent, les locaux changent, les équipes tournent — une procédure de 2021 n'est pas forcément adaptée à 2025.

La procédure n'est donc pas une fin en soi. Elle est l'expression écrite d'une culture de sûreté partagée. Et c'est là que réside le vrai enjeu.


La culture de sûreté : ce que les procédures ne peuvent pas remplacer

On peut installer les meilleurs dispositifs techniques et rédiger les procédures les plus détaillées — si les collaborateurs ne comprennent pas pourquoi ces mesures existent, elles seront contournées, ignorées ou mal appliquées au premier imprévu.

La culture de sûreté, c'est le niveau de compréhension et d'adhésion des équipes à la logique de protection de l'organisation. Elle se construit dans la durée, par la formation mais aussi par l'exemple, la communication interne, et la capacité des managers à incarner les postures de vigilance attendues.

Un collaborateur qui comprend que le contrôle d'accès n'est pas une contrainte bureaucratique mais une protection réelle contre des menaces documentées — ce collaborateur sera un maillon actif de la sûreté de l'organisation plutôt qu'un point de contournement potentiel.

Chez CARINEL, c'est pour cette raison que nous intégrons systématiquement une dimension formation dans nos accompagnements, mais toujours après le diagnostic et la définition du cadre. Former d'abord, c'est former au vide. Former après, c'est ancrer des comportements dans une réalité organisationnelle concrète.


Ce que nous observons dans nos missions

Dans nos interventions auprès d'entreprises, d'établissements de santé, de collectivités et d'établissements scolaires, nous retrouvons régulièrement le même schéma : des dispositifs techniques de qualité, des procédures rédigées soigneusement, mais une cohérence d'ensemble insuffisante et une appropriation par les équipes lacunaire.

Ce n'est pas un problème de budget ni de volonté. C'est un problème de méthode. La sûreté ne se construit pas par accumulation de mesures — elle se construit par la cohérence entre l'analyse des risques, l'architecture de protection, et la capacité humaine à faire fonctionner le système.

Notre approche repose sur un principe simple : on audite avant de former, on analyse avant de préconiser, on teste avant de valider. Ce séquencement n'est pas une contrainte — c'est ce qui garantit que les ressources investies en sûreté produisent un effet réel plutôt qu'une apparence de protection.

Pour aller plus loin

Cet article fait partie d'un ensemble de ressources sur la sûreté en entreprise :

Vous souhaitez évaluer votre dispositif de sûreté ?

Avant d'investir dans de nouveaux équipements ou de nouvelles formations, commencez par comprendre où vous en êtes réellement. CARINEL propose un premier échange gratuit pour faire le point sur votre situation et identifier les priorités.

Prenez rendez-vous gratuitement : www.carinel.com/test-avec-nos-experts

Par téléphone : 01 89 71 59 06

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