Formation en sûreté et sécurité : pourquoi la plupart des organisations forment sans résultat durable — et comment y remédier
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Chaque année, des milliers d'organisations en France forment leur personnel à la sûreté et à la sécurité. Des formations sur la gestion des situations agressives. Des e-learnings sur les conduites à tenir en cas d'attentat. Des sessions sur la vigilance et les comportements suspects. Des modules sur le harcèlement, la radicalisation, le Vigipirate.
Et dans beaucoup d'organisations, les incidents continuent. Les équipes ne savent toujours pas quoi faire dans les premières minutes d'une situation de crise. Les procédures existent sur le papier, mais personne ne les applique instinctivement. La formation a eu lieu — mais rien n'a changé dans les comportements réels.
Ce n'est pas un problème de volonté. C'est un problème de méthode.
L'erreur de départ : former avant de diagnostiquer
La logique dominante dans la formation en sûreté est la suivante : identifier un risque ou une obligation légale, choisir une formation dans un catalogue, l'organiser pour les équipes. C'est rapide, c'est traçable pour les RH, c'est conforme aux obligations. Et c'est rarement efficace.
Pourquoi ? Parce qu'une formation générique ne répond pas aux vulnérabilités spécifiques d'une organisation. Une formation sur la gestion des incivilités dans un établissement de santé psychiatrique n'a pas les mêmes prérequis qu'une formation similaire dans une banque ou dans un établissement scolaire. Les profils des personnes à gérer diffèrent. Les espaces diffèrent. Les ressources disponibles et les procédures en vigueur diffèrent. Les équipes n'ont pas le même niveau d'exposition, ni la même maturité sécuritaire.
Quand on prescrit le même médicament à tous les patients sans avoir posé de diagnostic, certains guérissent par chance. Les autres ne s'améliorent pas, et certains s'aggravent parce qu'ils ont maintenant l'illusion d'être couverts.
Le principe fondateur de l'approche CARINEL est directement issu de cette réalité : former sans auditer, c'est prescrire sans diagnostiquer. L'audit de sûreté préalable n'est pas une étape optionnelle dans le processus de formation — c'est le point de départ sans lequel le reste ne peut pas fonctionner efficacement.
Ce que change le diagnostic préalable
Un audit de sûreté conduit avant la conception du programme de formation produit des informations que les catalogues génériques ne peuvent pas fournir.
Il identifie les vulnérabilités physiques réelles du site — pas celles qu'on imagine avoir, mais celles qui existent effectivement sur le terrain : les accès non contrôlés, les angles morts des systèmes de détection, les procédures d'alerte que personne ne connaît réellement, les zones où la coactivité crée des risques non traités. Il évalue la maturité sécuritaire des équipes — leur niveau de connaissance des procédures existantes, leur capacité à identifier un signal d'alerte, leur réaction habituelle face à une situation dégradée. Il cartographie les incidents survenus ou les situations difficiles régulièrement rencontrées, qui sont souvent différents des risques théoriques que l'on croyait devoir traiter en priorité.
Ces informations permettent de construire un programme de formation ancré dans la réalité opérationnelle de l'organisation. Les mises en situation utilisées en formation reproduisent les scénarios les plus probables dans cet environnement précis. Les procédures enseignées correspondent aux dispositifs réellement en place. Les équipes reconnaissent leur quotidien dans la formation — et c'est précisément ce qui produit l'ancrage comportemental qui fait défaut aux formations génériques.
L'impact est mesurable : réduction des incidents de sûreté dans l'année suivant la formation adaptée, amélioration de la gestion des situations de crise grâce aux procédures contextualisées, et — peut-être plus important — appropriation authentique des consignes par les équipes, parce qu'elles ont été construites à partir de leur réalité et non plaquées dessus.
Le système TASK : quand la formation devient traduction du diagnostic
C'est dans cette logique qu'a été développé le système TASK, programme international de formation en sûreté et gestion des situations de violence et de crise, au cœur de la méthodologie CARINEL.
TASK est l'acronyme de Tactique (coordination des moyens pour atteindre un résultat, art de combiner tous les moyens de protection), Anti-Terreur (lutte contre les pratiques systématiques de violences et crimes qui créent de l'effroi), Sécurité (mise en œuvre des conditions pour limiter et prévenir les dangers tels que les agressions physiques ou les intrusions), et Control (adaptation d'état d'esprit et techniques pratiques de protection physique, accessibles et applicables par tous).
Ce qui distingue TASK des systèmes de formation génériques n'est pas son contenu en soi — c'est la manière dont ce contenu est conçu et déployé : à partir des vulnérabilités réelles identifiées lors du diagnostic, pour les équipes concernées, dans leurs conditions réelles de travail. TASK ne constitue pas une solution isolée : il s'intègre dans une démarche méthodologique en cinq étapes qui commence par la compréhension des besoins réels de l'organisation, avant toute conception pédagogique.
Les modules TASK disponibles
Le système TASK couvre un spectre large de situations, permettant de construire des programmes adaptés au profil de chaque organisation.
TASK APD — Accueil du Public Difficile : techniques de communication et de désamorçage pour les personnels en contact avec le public, identification des signaux précurseurs d'escalade, postures et distance de sécurité.
TASK DVD — Désescalade Verbale et Désamorçage : communication en situation tendue, gestion des émotions lors d'un face-à-face conflictuel, rétablissement du dialogue avec un interlocuteur en état d'agitation.
TASK GMA — Gestion des Menaces et Agressions : identification et traitement des menaces verbales, physiques et indirectes, procédures d'alerte, conduite à tenir dans les premières minutes d'une situation grave.
TASK PSD — Protection Self-Défense : techniques de protection physique accessibles et adaptées à chaque profil, postures de mise à distance, gestes de dégagement en cas de contact physique non souhaité.
TASK TAMIV — Techniques d'Approches et Maîtrise des Individus Violents : pour les professionnels qui interviennent directement sur des individus en crise violente.
TASK GVS / DGVP — Gestion des Violences dans les Soins / Désamorçage et Gestion de la Violence en Psychiatrie : programmes spécialement conçus pour le secteur sanitaire et médico-social, avec des formateurs issus du terrain de soin et de la sécurité hospitalière. Ces modules répondent directement aux enjeux de violence dans le secteur de la santé et aux obligations renforcées issues de la loi du 9 juillet 2025.
TASK PRT / PRV — Prévention du Risque Terroriste / Prévention de la Radicalisation Violente : formation aux conduites à tenir en cas d'attaque, sensibilisation à la détection de la radicalisation pour les référents désignés, préparation aux scénarios d'attaque au couteau ou d'intrusion armée.
TASK PSIM — Protection Sûreté Intervention Malveillance : pour les responsables sûreté, agents de sécurité et personnels en charge de la protection des sites.
TASK ACAB — Attaques aux Couteaux et Armes Blanches : reconnaissance des comportements précurseurs, conduite à tenir, distances de sécurité.
TASK GRC — Gestion des Risques et des Crises : formation aux fondamentaux de la gestion de crise, activation des procédures, rôles et postures en situation dégradée, articulation avec la cellule de crise.
Les formateurs TASK sont des experts de terrain : anciens militaires d'unités d'élite, anciens policiers, pompiers, infirmiers et psychologues cliniciens. Cette expérience opérationnelle réelle est ce qui rend les mises en situation crédibles pour les participants — et crédibles pour eux-mêmes.
La méthode AIDE : la pédagogie qui ancre les réflexes
La formation en sûreté a une caractéristique qui la distingue des formations techniques ordinaires : elle doit produire des réflexes, pas seulement des connaissances. Or les réflexes ne s'acquièrent pas en lisant des diaporamas.
C'est pourquoi toutes les formations TASK s'appuient sur la méthode AIDE, conçue pour maximiser l'ancrage comportemental à long terme.
Active et participative : les sessions reposent sur le partage d'expériences et les mises en situation. Les participants ne sont pas spectateurs de leur formation — ils en sont les acteurs. Les scénarios reproduisent des situations qu'ils ont vécues ou pourraient vivre dans leur environnement spécifique, ce qui active la mémoire émotionnelle et améliore significativement la rétention.
Interrogative : la formation n'apporte pas des réponses toutes faites — elle suscite des prises de conscience. Les formateurs CARINEL utilisent des techniques de questionnement qui amènent les participants à formuler eux-mêmes les bons réflexes, plutôt que de les recevoir passivement. Ce que l'on comprend par soi-même s'ancre beaucoup plus durablement que ce qu'on reçoit.
Démonstrative : les études de cas sur des situations réelles (anonymisées) illustrent concrètement les conséquences d'une bonne ou mauvaise réaction face à une menace. La démonstration des techniques par les formateurs donne aux participants des modèles observables et reproductibles, pas des consignes abstraites.
Expérientielle : l'analyse des situations difficiles et la pratique des réflexes en conditions simulées constituent le cœur de la méthode. C'est dans l'expérience vécue, même simulée, que se forment les automatismes qui fonctionneront sous stress réel. Un participant qui a géré une situation d'agression simulée sur son propre site de travail est infiniment mieux préparé qu'un participant qui en a regardé une vidéo.
Cette approche favorise une prise de conscience individuelle et collective qui est le fondement d'une culture de sécurité durable au sein de l'organisation — au-delà du seul événement de formation.
Présentiel et e-learning : ce que chaque format apporte vraiment
La question "présentiel ou e-learning ?" est souvent mal posée. Ce n'est pas une question de format — c'est une question d'objectif pédagogique.
Ce que seul le présentiel peut produire
La formation en présentiel est irremplaçable pour tout ce qui concerne les réflexes physiques et les comportements en situation de stress. Les techniques de communication sous pression, de mise à distance, de dégagement, de postures de sécurité — ces compétences ne s'acquièrent pas sur un écran. Elles nécessitent la répétition en conditions réelles, le feedback immédiat d'un formateur expert, et l'expérience du corps sous tension simulée.
Le présentiel est également le format qui crée la cohésion d'équipe autour des procédures de sécurité. Une équipe qui a simulé ensemble une situation de crise partage un référentiel commun — elle se souvient de comment elle a réagi, des erreurs commises, des points de progrès identifiés. Ce partage d'expérience collective n'a pas d'équivalent numérique.
L'approche CARINEL intègre systématiquement des simulations de crise dans les formations présentielles : mise en situation sur les locaux réels ou reconstitués, exercices avec jeux de rôles, débriefing structuré sur les réactions observées. Cette dimension expérientielle est le moteur principal de l'ancrage comportemental — et ce qui permet aux collaborateurs d'être réellement préparés, pas seulement formés.
Ce que l'e-learning permet efficacement
L'e-learning est un outil puissant pour la sensibilisation, la montée en niveau préalable, et la mise à jour continue des connaissances. Il permet à chaque collaborateur de suivre une formation à son rythme, depuis n'importe quel terminal, sans mobiliser des équipes entières sur des plages communes.
CARINEL conçoit et produit des modules e-learning sur mesure pour ses clients — notamment pour des enseignes du retail qui ont fait appel à CARINEL pour créer et mettre à jour leurs modules e-learning sur le risque attentat. Ces modules permettent de déployer une sensibilisation homogène sur l'ensemble d'un réseau dispersé géographiquement, à un coût par bénéficiaire très significativement inférieur au présentiel.
L'e-learning est particulièrement adapté pour les formations de mise à niveau réglementaire (Vigipirate, procédures d'urgence, conduites à tenir générales), la remise à niveau périodique des connaissances (recyclage annuel ou bi-annuel), et la préparation à une formation présentielle plus approfondie — le collaborateur arrive avec un niveau de base homogène, ce qui permet d'aller plus loin dans la mise en pratique collective.
La formation hybride : le meilleur des deux formats
L'avenir de la formation en sûreté est hybride — non pas comme compromis, mais comme choix méthodologique délibéré : utiliser le e-learning pour les savoirs et la sensibilisation, et le présentiel pour les savoir-faire et les réflexes.
Un programme hybride typique commence par un module e-learning de sensibilisation aux risques spécifiques de l'organisation (30 à 60 minutes), suivi d'une session présentielle d'approfondissement et de mise en pratique (demi-journée ou journée complète), et d'une évaluation post-formation en ligne pour mesurer l'ancrage des connaissances et des comportements. Ce séquencement optimise à la fois l'efficacité pédagogique et le coût global du dispositif de formation.
La certification Qualiopi : ce qu'elle garantit réellement
CARINEL est certifié Qualiopi — certification nationale qualité des organismes de formation, obligatoire depuis 2022 pour accéder aux financements publics et mutualisés (OPCO, CPF, plan de formation).
Ce que garantit Qualiopi en pratique : une démarche d'amélioration continue documentée, des formations construites à partir d'une analyse des besoins réelle, des formateurs dont les compétences sont vérifiées et maintenues, un suivi des résultats post-formation, et une gestion des réclamations formalisée.
Pour les organisations, Qualiopi est la condition nécessaire pour mobiliser leur budget formation via les OPCO — ce qui peut significativement réduire le reste à charge. C'est aussi une garantie que le prestataire de formation respecte des standards qualité vérifiables, qui protègent l'organisation en cas de contrôle ou d'incident post-formation.
Ce que la réglementation exige en matière de formation à la sûreté
La formation en sûreté n'est pas seulement une bonne pratique — dans un nombre croissant de secteurs, c'est une obligation légale dont le respect conditionne directement la responsabilité de l'employeur.
L'article L4121-1 du Code du travail oblige l'employeur à prendre les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale de ses travailleurs, en incluant explicitement les actions de formation. L'absence de formation documentée en cas d'incident grave peut constituer un manquement à cette obligation, avec des conséquences pénales et civiles.
Pour les Établissements Recevant du Public (ERP), des obligations spécifiques de formation concernent les conduites à tenir en cas d'évacuation, d'incendie, et pour les établissements concernés, de menace terroriste. La formation en sécurité des ERP couvre des exigences réglementaires précises que CARINEL intègre dans ses programmes sur mesure.
Pour le secteur de la santé, la loi du 9 juillet 2025 sur la sûreté des établissements de santé renforce les obligations de formation du personnel aux procédures de sûreté — en réponse directe à l'intensification des violences contre les soignants documentée ces dernières années.
La directive NIS2 (applicable aux entités essentielles et importantes depuis octobre 2024) inclut dans ses mesures organisationnelles obligatoires la formation du personnel aux enjeux de sécurité — dans une approche "tous risques" qui couvre explicitement la dimension physique. Les organisations soumises à NIS2 qui n'ont pas formalisé de programme de formation en sûreté physique ont un écart de conformité à combler.
La prévention du harcèlement moral et sexuel fait l'objet d'obligations spécifiques depuis la loi Avenir Professionnel de 2018, avec l'obligation de désigner un référent harcèlement dans les entreprises de plus de 250 salariés et de lui assurer une formation adaptée. CARINEL propose des programmes de formation dédiés qui répondent à ces exigences légales et permettent aux référents d'assumer leur mission.
Ce que la formation ne peut pas faire seule
Une formation en sûreté produit un effet mesurable sur les comportements — à condition d'être bien conçue. Mais elle ne peut pas, seule, combler des lacunes structurelles dans le dispositif de sûreté d'une organisation.
Si les procédures d'alerte ne sont pas formalisées, si les contrôles d'accès présentent des vulnérabilités non traitées, si la culture managériale ne soutient pas la vigilance et le signalement — aucune formation ne compensera ces déficiences systémiques. La formation est le dernier kilomètre du dispositif de sûreté, pas son substitut.
C'est pourquoi CARINEL positionne la formation comme la conclusion d'une démarche qui commence par l'audit de sûreté, passe par le conseil en sûreté sur les corrections organisationnelles et physiques à apporter, et se termine par la formation des équipes aux procédures ainsi définies et aux comportements attendus. C'est la logique du Security Circle Model : audit, conseil, formation — dans cet ordre, pour chacune des organisations que CARINEL accompagne.
Et après la formation, le travail continue. Construire une culture de sécurité durable dans une organisation prend du temps — des rappels, des exercices périodiques, une communication interne continue, des managers qui incarnent les comportements attendus. La formation initiale est le point de départ, pas l'aboutissement.
Pour aller plus loin
Les articles suivants approfondissent des dimensions spécifiques du sujet traité dans ce pivot.
CARINEL, organisme de formation certifié Qualiopi, conçoit des programmes de formation en sûreté et sécurité sur mesure, à partir d'un diagnostic préalable de votre organisation — en présentiel, en e-learning, ou en format hybride selon vos besoins et vos contraintes.
📞 01 89 71 59 06
