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Réforme du diplôme infirmier : la formation aux violences arrive à l'IFSI, pas encore sur le terrain

3 sept.
5 min de lecture

Dernière mise à jour : 4 sept.


Depuis la rentrée 2026, les étudiants qui entrent en institut de formation en soins infirmiers suivent, pour la première fois, un enseignement obligatoire consacré aux violences envers les professionnels de santé. Ce n'est pas un ajustement mineur de programme. C'est la reconnaissance, au niveau du diplôme d'État lui-même, qu'exercer le métier d'infirmier suppose désormais de savoir identifier une situation qui dégénère, la désamorcer, et connaître ses droits face à un agresseur.

La question que peu d'articles posent, en revanche, est celle de la portée réelle de cette réforme : qui forme-t-elle, à quelle échéance, et que se passe-t-il pour tous ceux qui exercent déjà ?


Ce que change concrètement le nouveau référentiel

L'arrêté du 20 février 2026 relatif au diplôme d'État d'infirmier, publié au Journal officiel le 25 février 2026, refond entièrement le référentiel de formation qui datait de 2009. Il s'applique aux étudiants qui commencent leur première année à compter du 1er septembre 2026 — les étudiants déjà engagés dans leur cursus poursuivent sous l'ancien référentiel.

Le nouveau programme s'organise en cinq domaines de compétences.

C'est dans le domaine D, « communication, travail en équipe et leadership », au sein de l'unité d'enseignement D.1 « Savoir-être, communication professionnelle et leadership », que figure désormais un objectif explicite : développer des compétences individuelles et collectives pour prévenir, gérer et désamorcer les conflits et les situations d'agressivité ou de violence en milieu de soins, en assurant la sécurité des personnes concernées.


L'unité d'enseignement A.2 « Législation, déontologie, éthique » va plus loin en consacrant deux modules distincts au sujet :

  • « Violences envers les professionnels de santé » : identification des facteurs de risque, techniques de désamorçage face au patient ou à son entourage, et connaissance des droits de protection, notamment les nouveaux dispositifs facilitant le dépôt de plainte.

  • « Violences sexistes et sexuelles » (VSS) : un volet dédié, qui couvre aussi bien les VSS que les étudiants pourraient subir dans leur propre exercice que l'orientation de collègues victimes.

Cette double entrée — un module opérationnel de gestion de crise interpersonnelle et un module dédié spécifiquement aux violences à caractère sexiste et sexuel — traduit une lecture fine du problème par les rédacteurs du référentiel : la violence en santé n'est pas monolithique, et un désamorçage verbal ne répond pas au même besoin qu'une politique de signalement des VSS.


Une réforme qui répond à une pression documentée 

Cette intégration au diplôme d'État ne sort pas de nulle part. Elle fait suite à une demande explicite de l'Ordre National des Infirmiers, formulée dans le cadre de sa campagne #stopviolences, et s'inscrit dans la continuité de la loi n° 2025-623 du 9 juillet 2025 visant à renforcer la sécurité des professionnels de santé, que CARINEL a déjà détaillée dans son analyse des violences dans le secteur de la santé.


Le dernier maillon en date de cet édifice réglementaire est le décret n° 2026-641 du 20 juillet 2026, qui précise les modalités d'application de l'article 15-3-4 du code de procédure pénale pour les professionnels de santé libéraux : un infirmier libéral agressé peut désormais mandater son ordre ou son URPS pour déposer plainte en son nom, là où la démarche lui incombait auparavant intégralement.

La logique d'ensemble est cohérente : durcir les sanctions, faciliter le signalement et la plainte, puis — avec cette réforme du diplôme — former en amont ceux qui exerceront demain.

Trois textes, trois leviers, un même diagnostic : les infirmiers et aides-soignants représentent à eux seuls environ 90 % des professionnels de santé concernés et 65 % de l'ensemble des victimes de violences recensées, selon le dernier rapport de l'Observatoire national des violences en santé (ONVS), publié en septembre 2025 sur les données 2023-2024. CARINEL a déjà analysé en détail cette dynamique dans son étude sur la violence en milieu de santé ; il ne s'agit pas de la répéter ici.


Ce que la réforme peut faire — et ce qu'elle ne peut pas 

C'est là que la mesure de la portée réelle du texte devient nécessaire. Cette réforme forme les infirmiers de demain. Elle ne forme pas ceux d'aujourd'hui.

Au 1er mars 2025, l'Ordre National des Infirmiers dénombrait 565 553 infirmiers inscrits au tableau, toutes modalités d'exercice confondues. À la rentrée 2024, les IFSI ont accueilli près de 38 000 étudiants en première année, un chiffre qui devrait approcher 40 000 places à la rentrée 2026 avec les places supplémentaires annoncées par le ministère de la Santé. Un calcul simple, à partir de ces deux chiffres officiels, situe l'ordre de grandeur : chaque promotion représente environ 7 % de l'effectif total actuellement inscrit à l'Ordre. Sans dispositif spécifique de formation continue, il faudrait donc mécaniquement plus d'une décennie pour que l'ensemble de la profession en exercice ait suivi une formation initiale intégrant ces modules — en ne comptant même pas le renouvellement naturel des effectifs par les départs à la retraite et les arrivées.


Trois angles morts se dégagent, au-delà du seul facteur temps.

  1. Le premier concerne le périmètre professionnel. La réforme touche le diplôme d'infirmier. Les aides-soignants — qui, avec les infirmiers, concentrent l'essentiel des violences signalées selon l'ONVS — relèvent d'un autre référentiel, non couvert par ce texte. Il en va de même pour les médecins, secrétaires médicales, agents d'accueil et personnels administratifs, également exposés au quotidien.

  2. Le deuxième concerne la nature de la compétence transmise. Un module de désamorçage verbal, aussi bien conçu soit-il, forme un individu à réagir face à une situation qui se dégrade. Il ne modifie pas l'agencement d'un service d'urgences, la visibilité depuis un poste d'accueil, l'existence d'un protocole d'alerte silencieuse ou la présence d'un point de repli sécurisé. La compétence individuelle et le dispositif organisationnel répondent à deux questions différentes — la réforme répond à la première.

  3. Le troisième tient à l'écart entre le texte et la pratique. Un contenu pédagogique inscrit dans un référentiel national ne garantit pas une mise en œuvre homogène entre 340 instituts de formation, avec des volumes horaires, des intervenants et des mises en situation pratique qui varieront nécessairement d'un établissement à l'autre.


Le vrai chantier commence là où s'arrête le diplôme 

Pour un directeur d'établissement de santé, un DRH ou un responsable qualité, cette réforme ne dispense d'aucune des obligations déjà en vigueur. Elle ne s'y substitue pas non plus. La formation continue des équipes déjà en poste reste une responsabilité de l'employeur, indépendamment de ce qu'apprendront les futures recrues sorties d'IFSI à partir de 2029.

C'est précisément ce que couvre le module GVS de la méthodologie TASK développée par CARINEL : une formation opérationnelle à la gestion des violences en santé, conçue pour les équipes en exercice — soignants, mais aussi personnels d'accueil et de sécurité — sur exactement les compétences que le nouveau référentiel introduit à l'IFSI : identification des signaux précoces, techniques de désamorçage, postures professionnelles adaptées. La différence tient au public visé : là où l'IFSI forme sur plusieurs semestres des étudiants, TASK s'adresse à des équipes déjà en poste, avec un format présentiel ou e-learning calibré sur la contrainte opérationnelle d'un service.


Cette formation ne fonctionne cependant pleinement que si elle s'articule avec les mesures organisationnelles qui échappent, par nature, à tout référentiel de formation : configuration des espaces d'accueil, procédures d'alerte, protocoles de coordination avec les forces de l'ordre. C'est l'objet du diagnostic de sûreté que CARINEL conduit en amont de toute formation, pour que la compétence individuelle transmise s'inscrive dans un dispositif de protection réellement structuré — et non dans un vide organisationnel que la meilleure des formations ne peut combler seule.


La réforme du diplôme infirmier est une avancée réelle. Elle change la donne pour une génération d'étudiants. Elle ne change rien, en l'état, pour les 565 000 professionnels qui exercent aujourd'hui — et c'est là que la responsabilité des établissements commence.

CARINEL accompagne les établissements de santé dans le diagnostic de sûreté et la formation de leurs équipes aux violences en milieu de soins.

Tel : 01 89 71 59 06

 
 
 

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